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    Identité des clubs de L1 en 2012-2013

  • A l’image de la France (photo publiée sur l'équipe

    A l’image de la France (Photo publié sur lequipe.fr)

  • La passion partisane : derbies et identités azuréennes (photo nice-matin.com du 2 avril 2011)

    La passion partisane : derbies et identités azuréennes (photo nice-matin.com du 2 avril 2011)

Colloque foot, la passion partisane.

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paru le 15/10/2012

La passion partisane : derbies et identités azuréennes (colloque Rencontre We Are Football, Nice, 1er décembre 2006).

Aujourd'hui, certains présidents de clubs tentent d'instaurer le derby médiatico-commercial. Ils s'interpellent dans les médias pour faire monter la sauce. Nous avions eu le derby «Diouf-Graille». Cette année, ce fut une tentative de derby « Diouf-Aulas » mais le président lyonnais a évité la polémique avec son homologue marseillais.

La passion partisane : derbies et identités azuréennes (colloque Rencontre We Are Football, Nice, 1er décembre 2006).

photo nice-matin.com du 2 avril 2011

 

Aujourd'hui, certains présidents de clubs tentent d'instaurer le derby médiatico-commercial. Ils s'interpellent dans les médias pour faire monter la sauce. Nous avions eu le derby « Diouf-Graille ». Cette année, ce fut une tentative de derby « Diouf-Aulas » mais le président lyonnais a évité la polémique avec son homologue marseillais.

Hors un derby ne se décrète pas. L'essence même du derby est l'opposition entre deux clubs très proches. En Italie, le derby est dans la ville : Rome, Milan, Turin ont chacune deux grandes équipes.


 

En France, rien de tout cela. Le derby est entre villes. Il y a même une tendance, vers des regroupements entre villes, guidés par l'adage « l'union fait la force » : Bordeaux-Bègles en Rugby ; Pau-Orthez, Hyères-Toulon en Basket ; Libourne-St-Serin en Football. Il y a peu, ici même sur la côte, les résultats n'étant pas au rendez-vous, on parlait d'union Nice-Cannes. Comme si deux boiteux ensemble marcheraient mieux.
Nous pensons qu'une des principales raisons de cette conception du derby, c'est la manière de concevoir le Pouvoir. Depuis des siècles, la France s'est constituée par un pouvoir centralisateur extrêmement puissant. Cette volonté de centralisme a éliminé toute tentative de concurrence dans les villes : avec le potentiel pour accueillir deux ou trois clubs, Paris en est un bon exemple.


Le derby nous parle de l'origine de la compétition. Avant d'arriver à un championnat à vingt clubs, il a bien fallu trouver une première opposition. Et au départ, cette opposition est binaire (du style Oxford-Cambridge). Elle est voisine ne serait-ce parce qu'à l'origine, il n'y avait pas de moyen de locomotion régulier pour entretenir des contacts avec des voisins plus lointains.

Un club se construit toujours par rapport à un autre tout simplement parce que la compétition sportive impose l'adversité. Sans confrontation, pas de compétition.

Quand on parle Derby, on parle d'identités opposées l'une à l'autre, on parle d'identité positive et d'identité négative.
Dans les villes italiennes que nous avons citées, l'identité se focalise sur deux groupes de valeurs antagonistes : la Juventus face au Torino. Cette dualité est focalisée à l'extérieur du club. En France, cette dualité est intériorisée et temporalisée. L'exemple niçois est flagrant : de l'après guerre jusqu'à 2002, Nice préférait un football offensif qui correspondait à son côté provençal fait de strass, de paillettes et d'argent. Depuis 2002, nous avons un style défensif qui correspond à la mentalité du niçois montagnard, du « Gavouot » qui représente le niçois travailleur et populaire.
En tant que symbole, un club représente l'identité que souhaite afficher une communauté. Cette identité s'observe jusqu'au niveau des équipes d'enfants. Et lorsque que l'on veut connaître contre quelle communauté s'est construit l'identité du club, il suffit de demander aux enfants contre quelle équipe, ils n'ont pas le droit de perdre.

 

L'image que l'on peut avoir du derby est l'expression de notre société. Par contre l'expression du derby est une tentative de préserver, de consolider son identité. L'identité niçoise n'est pas l'identité cannoise et quand elles se touchent, il n'y a pas fusion, il y a explosion. Le derby est un outil identitaire.


Qu'est ce qui rend le derby si attrayant ?

 

C'est sa charge émotionnelle. Les pouvoirs publics ont peur du derby parce qu'il engage des foules qui peuvent devenir incontrôlable. Les sociétés ont constamment œuvré contre la violence pour la contenir ou pour l'éloigner.
Hors même si le derby donne l'apparence de provoquer la violence, c'est uniquement parce qu'il la ritualise.
Cette violence ritualisée se retrouve dans le sacrifice religieux si bien décrit par René Girard dans son livre la Violence et le Sacré. C'est celle du triangle mimétique où deux sujets désirent le même objet.
Pour René Girard l'objet de la religion est d'éviter que la violence se propage et détruise la société. La violence faite à un membre de la société demande réparation et provoque la vendetta qui, à son tour, entraînera d'autres violences. La violence est contagieuse comme la Peste.
Autrefois les sociétés primitives utilisaient le sacrifice religieux pour condenser la violence dans une victime émissaire et l'expulser de la communauté. Cette victime devait être suffisamment proche pour que les gens puissent s'identifier et ainsi réellement jouer la violence. Parce que s'il n'y avait pas identification, cela devenait un simulacre qui ne permettait pas l'extraction de cette violence hors de la communauté.
Le derby utilise aussi le mécanisme de la victime émissaire et le parfait bouc émissaire c'est le voisin parce qu'il a toujours une image ambivalente. Il est le premier étranger, celui qui ne fait pas partie de la communauté, tout en étant celui faisant presque partie de la communauté car si proche d'elle. Il est le support sur lequel on peut s'identifier.


Dans un match classique, les objectifs des équipes sont très souvent différents : prendre trois points ; ne pas perdre ; faire match nul ; perdre honorablement, s'aguerrir face à un plus fort… Dans le derby, il est hors de question de perdre. C'est le triangle mimétique : les deux équipes ont le même désir et c'est cela qui provoque la violence.
L'équipe adverse n'est donc là que pour être la victime sacrifiable. Elle est le bouc émissaire, celle sur laquelle on pourra exprimer sa violence ; celle qui n'a aucun soutien dans la communauté et qui, par conséquent, ne pourra pas être vengé. Il n'y a donc aucun risque d'exprimer sa violence pendant le derby puisque cette violence n'envahira pas la communauté.
Le match devient un rite où le but est d'expulser cette violence hors de la communauté afin qu'elle ne se propage dans la cité.

 

Comme nous le voyons, le derby n'est pas entre deux clubs, il est entre deux groupes sociaux.


Pour tenter d'observer les effets du derby dans les résultats sportifs, nous avons pris les confrontations entre les cinq équipes de la côte. Dans les faits, il faudrait prendre en compte toutes les équipes d'un club, des enfants aux seniors pour l'observer. Nous n'avons pris que les équipes professionnelles, notre échantillon est donc restreint. Et comme le derby est lié au territoire, nous n'avons dans le meilleur des cas qu'une quarantaine de match à domicile sur une période de soixante-dix ans.
La situation de notre région est particulièrement intéressante. Sa configuration politique nous montre une variété d'identités : le comté niçois, la principauté monégasque, la capitale provençale.
Avec Nice, Monaco, Cannes, Toulon, Marseille ; Où est donc le véritable derby ? Et y a-t-il un effet derby dans les résultats ?

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